Il est de ces expressions qui vous
glacent dès que vous les entendez. La première fois que j'ai ouï
répondre « comme un lundi » à la rituelle question du
« comment ça-va? », je me suis demandé par quels types de désenchantements à répétition il fallait passer pour en arriver à commencer ses semaines
dans la seule attente de leurs fins.
Depuis 1996, année de mon diplôme
d'ingénieur et de la constitution de ma première société, j'ai eu
la « chance » de toujours voir le lundi comme le meilleur
jour de la semaine, véritable autoroute de perspectives, et de considérer le vendredi soir comme le moment le plus stressant, me laissant
tomber dans un abîme de deux journées sans rythme et sans
substance. Heureusement, on pouvait faire passer la pilule en
profitant du calme relatif pour faire un peu de R&D ou travailler
sur des nouveaux projets.
Quand je regarde derrière moi, je
m'aperçois que j'ai pratiquement toujours travaillé de façon
obsessionnelle, comme si rien d'autre n'avait d'importance. En école
d'ingénieur déjà, où j'avais transformé ma chambre d'étudiant
en laboratoire d'électronique et qui était le cadre de
développements incessants (en mode gros boutonneux limite paria de
l'école). Puis dès mon stage de fin d'étude chez Philips, que je
sabotais au profit de ma société nouvellement créée. Et enfin,
sans aucune relâche, jusqu'en 2002, année où j'explosais en vol,
victime à la fois d'épuisement et de la perte de mon « drive »
(ces deux facteurs n'étant en rien liés).
S'en est suivi 7 ans d'expatriation, où
j'ai découvert qu'on pouvait très bien travailler normalement,
motivé par son projet, mais en prenant aussi du bon temps et en
profitant des autres choses que peut offrir la vie. Avec un prix à
payer bien sûr, celui de ne plus être une machine, et donc d'être
radicalement moins performant en terme de résultat.
En 2009, j'avais un peu perdu mes
repères, je n'avais en fait même plus de projet. Et ce n'était
plus l'arrivée du vendredi qui me stressait, mais la semaine
entière, à part le dimanche – journée auparavant honnie – qui
par son aspect oisif me mettait désormais à égalité avec tout le
monde.
J'ai eu la chance de retrouver un
projet, même deux en réalité, et surtout j'ai eu la chance de
retrouver mon drive. Depuis, chaque lundi est à nouveau le plus beau
jour de la semaine.
Si vous êtes comme moi, un amoureux du
lundi et un stressé du vendredi, alors j'en déduis que vous êtes
heureux(se).
Eric

8 commentaires:
Je suis un homme heureux! :-)
En fait, de l'instant ou j'ouvre les yeux le matin, au moment ou je les ferme en début de nuit, je suis derrière le PC, occupé a faire quelque chose. Je ne m'ennuie jamais. Donc, que ce soit un Lundi, ou un Vendredi, les jours comptent peu, je les vois juste passer quand je me regarde dans la glace tous les matins :)
amusante réflexion pour un billet publiée.. un jeudi ;)
Très sympa cette article, j'aime beaucoup ton blog bonne continuation
hey, j'avais loupé ce billet, je viens d'ajouter ton flux rss dans mon Google reader afin que cela ne se reproduise plus !
Tu dois bien te douter que j'adhère complètement à ton état d'esprit.
Me concernant je n'ai jamais fait la différence entre un lundi et un autre jour.
Je dirais même que, parfois, je suis encore plus heureux de retourner au bureau le lundi depuis que j'ai 2 enfants à la maison, c'est bien moins épuisant physiquement :-)
Personnellement j'aime beaucoup travailler mais pour cela je dois aussi me changer les idées en faisant du sport par exemple. C'est dur pour les nerfs de travailler non stop! Personnellement j'ai besoin de m’arrêter au minimum 2 jours par semaine pour être efficace les 5 autres jours. Tout est une question d'équilibre.
Moi aussi je suis un homme heureux ! :)
Bel article bien écrit mais qui révèle une méconnaissance de la réalité du monde du travail, paradoxe pour quelqu'un qui travaille autant.90% des français préfèrent faire le ménage plutôt que d'aller travailler.Je t'invite Eric à t'informer sur la réalité du monde du travail.
Bises.
Roseline.
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