Grâce à l’exposition médiatique de QVEMA sur M6, j’ai reçu plusieurs centaines requêtes et demandes diverses. J’ai été surpris de voir qu’une bonne partie des messages reçus étaient en fin de compte plus des demandes de conseil et de soutien pour se lancer que des propositions d’investissement.

Internet regorge de ressources pour venir en aide aux entrepreneurs, et le sujet est bien trop large pour couvrir tous les cas de figure. Je vous propose donc de partager quelques conseils pratiques pour essayer de mettre de l’ordre dans vos idées et vous aider à franchir le premier pas, qui est souvent le plus difficile.

Certaines de mes propositions sont plutôt radicales et correspondent à une approche personnelle de l’entrepreneuriat par l’action, l’itération et une bonne dose d’inconscience raisonnée. Prenez-les donc avec un grain de sel, et surtout gardez toujours bien à l’esprit que les conseilleurs ne sont pas les payeurs.

Ne perdez pas de temps avec un business plan

Au stade préliminaire d’un projet, il ne sert à rien de se lancer à corps perdu dans la rédaction d’un business plan complet et détaillé. Non seulement c’est un exercice relativement difficile, mais en plus il est souvent vain. Peu importe l’analyse du marché, peu importe vos amortissements à trois ans, peu importe votre SWOT…

Ce qui compte vraiment, c’est votre cash flow prévisionnel : combien rentre en trésorerie, combien va sortir, et quels sont les investissements dont vous avez absolument besoin pour commencer. Une simple feuille Excel, à la portée de tout le monde, suffit pour débuter et valider que votre concept tient un minimum la route.

Pour ce qui est de comprendre votre marché, il suffit de parler à vos futurs clients pour avoir 80 % de l’information qu’il vous faut.

Vous aurez largement le temps de raffiner votre modèle au cours des mois à venir, vous basant sur votre expérience concrète de gestion de votre entreprise. En attendant, vous pouvez vous contenter de rester sur des considérations pragmatiques.

J’ai monté de nombreuses entreprises, et pourtant je n’ai jamais rédigé de business plan, ni réalisé d’étude formelle de marché. Je suis de plus incapable de lire et comprendre un bilan. Tout ceci ne m’a jamais intéressé, et c’est bien là la preuve qu’il existe plusieurs manières de réussir.

La seule chose que j’ai toujours regardée comme le lait sur le feu, c’est la trésorerie et le prévisionnel des entrées/sorties (appelé « budget »). Si vous comprenez que 2 + 2 = 4 et que vous avez un bon sens d’épicier dans la gestion de votre compte en banque, alors vous aurez déjà fait une grosse partie du chemin !

Lorsqu’il devient nécessaire de faire un business plan dans les règles de l’art, de travailler un bilan ou de rédiger une étude de marché avec plein de jolis graphiques colorés, il existe d’excellents professionnels qui se feront un plaisir de le faire pour vous.

Attention : ne pas avoir de business plan ne vous dispense pas de ne pas avoir une vision claire de ce que vous voulez faire. Cette vision pourra évoluer de nombreuses fois au cours de la vie de votre projet, mais sans elle vous ne pourrez pas avancer et encore moins porter vos futures équipes.

Le premier pas ? Avancez le pied

Vous avez votre idée, votre vision, votre projet, et vous vous retournez la nuit dans votre lit ne sachant pas par où commencer. Il y a tellement de choses à faire, à voir, à décider… Et comment faire ceci, comment faire cela ? Vous n’avez aucune expérience dans le domaine, vous êtes perdu, bref vous ne savez rien et vous vous dites que vous n’y arriverez jamais.

Et pourtant, votre vision ne vous quitte pas et c’est le seul sujet auquel vous pensez, à la limite de l’obsession.

Il est impossible ici de donner une réponse satisfaisante à ces questions. Car c’est là que débute le parcours initiatique de l’entrepreneur : transformer l’impossible en possible. Et seul vous, armé de votre énergie, ambition, et résilience pourra le faire.

Je n’ai qu’un seul conseil à donner, qui est celui que j’ai toujours suivi lorsque je me suis lancé dans de nouveaux projets où je n’avais pas l’ombre d’une idée par où commencer. Pour réaliser votre premier pas, il faut avancer le pied. Vous devez donner vie à votre idée ou projet de la manière la plus compacte possible, tout en restant viable, et vous lancer en choisissant un angle précis, même pris au hasard.

Lorsqu’on a lancé la Maison du Bitcoin à Paris, nous avons commencé par trouver un lieu, pour ensuite construire le projet autour de celui-ci. L’inverse aurait été possible, mais l’important à retenir est que lorsqu’on est face à l’œuf ou la poule il est nécessaire de faire des choix arbitraires pour avancer.

Choisissez une première étape, peu importe laquelle, et faites le premier pas.

Ayez un plan B

Il est beaucoup plus facile de sauter dans le vide en espérant que votre parachute va s’ouvrir lorsque vous en avez un autre de secours en position ventrale. Pour pouvoir être capable de ne pas trop intellectualiser les situations et avancer sereinement en terrain miné, il faut que vous ayez un minimum l’esprit libre.

Avoir un plan B, même bancal, vous permettra d’avoir le détachement nécessaire à la prise de risque de l’entrepreneuriat, et faciliter le premier pas dont je parle plus haut.

Alors un plan B c’est quoi ? C’est la capacité de se relever d’une chute normalement mortelle. Si vous échouez, quelle qu’en soit la raison, vous devez avoir une solution pour reprendre une vie normale et ne pas vous retrouver ruiné et endetté.

Il y a donc un certain nombre de règles à suivre lorsque vous vous lancez :

  • Ne vous portez jamais caution solidaire de quoi que ce soit. Si vous ne devez appliquer qu’une seule règle, c’est bien celle-ci. Lorsqu’on se lance, on est toujours plein d’optimisme, et le succès semble inévitable. Alors, se mettre caution solidaire sur un emprunt bancaire ne paraît pas être bien grave, vu que de toute façon le projet ne peut que fonctionner… Ne faites surtout pas cela. En cas de problème, vous le paierez toute votre vie, et vous ne pourrez probablement pas vous lancer à nouveau dans un projet. Il existe des solutions, avec des organismes publics ou régionaux, qui peuvent se porter caution à votre place.
  • Vous êtes salarié et voulez créer votre entreprise, regardez vos options de rupture conventionnelle afin de toucher le chômage. Vous ne pourrez vraisemblablement pas vous payer la première année. Si les Américains ont Steve Jobs, nous avons Pôle Emploi, sûrement la plus grande aide à l’entrepreneuriat en France !
  • Ne mettez pas toutes vos économies dans votre projet, gardez un matelas pour rebondir. Plus vous serez sur la corde raide, avec tout ce que vous avez investi dans la réussite du projet, moins vous pourrez prendre de décisions rationnelles dans la gestion de votre entreprise. Ceci est d’autant plus vrai si votre famille compte sur vous pour la nourrir !
  • Si vous devez vous planter, autant se planter avec l’argent des autres ! Les investisseurs sont là pour cela. Je suis moi-même investisseur et j’accepte la règle du jeu.
  • Si vous êtes encore jeune et vivez chez vos parents, sans bouche à nourrir, alors vous pouvez ignorer toutes les règles (sauf la première bien évidemment). Vous êtes en position idéale pour vous jeter de la falaise et vous n’avez pas besoin de parachute.

Faites-vous piquer votre idée

Vous avez eu l’idée du siècle et vous réjouissez de votre bonne fortune d’avoir été le premier au monde à y penser. Vous ne pouvez surtout pas prendre le risque de dévoiler votre idée à qui que ce soit ! Mais si vous sortez du bois et lancez votre projet, alors il sera exposé et des concurrents viendront vous copier. Pour maximiser vos chances de succès, vous décidez de vous lancer uniquement lorsque votre projet sera suffisamment gros et abouti pour tuer la compétition dans l’œuf. Il vous faut donc de l’argent, beaucoup d’argent. Mais si les investisseurs copiaient votre idée ? Heureusement il y a le NDA (accord de non-divulgation), et vous exigez sa signature avant d’envoyer quoi que ce soit. Cependant, aucun investisseur n’accepte (ni ne vous répond d’ailleurs). C’est sûrement qu’ils sont déjà sur le coup ! Alors vite, vous contactez votre avocat et investissez tout l’argent qu’il vous reste en propriété industrielle. Ahah ! Vous jubilez à l’avance de voir leurs têtes déconfites.

Rassurez-vous, ceci n’était qu’un cauchemar ! Mais avouez-le, vous vous êtes un minimum reconnu dans cette caricature ? Alors disons-le tout de suite : une idée n’a aucune valeur, seule son exécution compte.

Donc pour gagner du temps, publiez votre idée partout afin de vous la faire piquer. Et vous verrez alors la triste vérité : tout le monde s’en fiche, de votre idée. Certes, elle est intéressante et a du potentiel, mais c’est aussi le cas pour des milliers d’autres. Ce qui vous paraît à vous absolument extraordinaire et vous obsède au point de ne plus en dormir la nuit reste complètement quelconque aux yeux d’autres personnes.

Vous verrez que ce n’est qu’une fois exécutée avec succès, que votre idée générera de manière inévitable des émules. Car ce qu’étudieront vos futurs concurrents ne sera pas tant l’idée en elle-même que tout ce que vous avez mis en place pour la rendre possible.

Arrêtez de cajoler votre idée dans votre coin. Parlez-en autour de vous pour la raffiner et la sublimer. Personne ne vous la piquera, et même si c’était le cas, vous ferez la différence par vos capacités d’exécution et d’adaptation de cette idée au monde réel.

Quant à dépenser des sommes folles en propriété intellectuelle, cela n’a aucun sens à ce stade. Utilisez les services de base de l’INPI et protégez vos marques et logos, le tout pour quelques centaines d’euros.

La seule exception pour considérer l’application pour un brevet de propriété industrielle est bien entendu si vous êtes inventeur d’un produit technique. Mais devoir se lancer d’une telle manière demande des moyens importants, que ce soit pour le brevet lui-même, l’industrialisation du produit, et bien sûr ensuite la défense des droits du brevet en justice !

Réunissez un premier capital

À tout lancement de projet correspond un budget. Devenir entrepreneur nécessite donc d’avoir un minimum de ressources à disposition. Si le besoin est important, l’objectif sera bien entendu de le faire financer par des investisseurs via l’ouverture de son capital.

Mais avant même d’en arriver là, il est nécessaire d’avancer et de démontrer la viabilité du concept. Par exemple, avant de passer dans QVEMA et de lever 160 000 euros, Les Tontons Afro ont commencé par ouvrir un restaurant éphémère. Ils ont pu prouver l’appétence des clients à leur cuisine et valider les premiers chiffres d’exploitation, le tout avec un investissement réduit.

Pour se lancer, faire les premiers pas, il est nécessaire d’avoir un minimum de capital, de quelques milliers à quelques dizaines de milliers d’euros.

Soit vous avez la chance d’avoir vous-même à disposition ces fonds, soit vous allez devoir effectuer votre toute première levée de fonds que l’on qualifie en général de « love money ». Le principe est d’aller voir les gens qui vous sont proches (famille, premier cercle d’amis) et leur demander soit de rentrer au capital soit de vous « prêter » une partie de l’argent nécessaire au lancement de votre projet.

Comme votre seul réel argument sera celui de la confiance et du lien émotionnel, hors de question de raconter n’importe quoi. Allez droit au but et expliquez que cet argent dont vous avez besoin et qu’ils vont vous donner, ils ne le reverront probablement plus jamais.

Il vaut mieux présenter les choses comme une sorte de don, plutôt que d’un prêt. Si jamais vous échouez, il est en effet peu probable que vous puissiez rembourser, et comme indiqué quelques paragraphes plus haut il n’est pas envisageable que vous preniez le risque de porter des dettes en vous lançant. Dette et famille ne font pas bon ménage, donc autant être très clair dès le début.

En plus du love money, il existe des solutions de prêt sur l’honneur ou subvention, en général portés par des organismes régionaux. Mais il faudra là vous plier à l’exercice du business plan….

Faites-vous accompagner

Plutôt que d’essayer de tout faire tout seul, trouver un expert comptable dès le début peut se révéler être une bénédiction. Certes, cela coûte un peu d’argent, mais le conseil d’un professionnel pour le choix de la forme juridique, l’aide aux formalités, le suivi comptable et l’aide à la modélisation d’un budget représentent un gain de temps énorme.

En business, on ne doit pas réfléchir en « combien ça coûte », mais « combien ça rapporte ». Trouver de bons partenaires dès le début peut vous faire gagner beaucoup de temps, et donc par définition beaucoup d’argent ! Si on peut trouver réponse à presque toutes ses questions sur Internet, obtenir un conseil personnalisé a une valeur largement supérieure.

De la même manière, trouver un bon coach business dès le début peut éviter de commettre des erreurs trop grossières. Conseils et expériences sont en général apportés par les premiers business angels qui vont pouvoir venir suivre de près le projet, mais il peut s’écouler de longs mois avant d’atteindre la maturité nécessaire pour convaincre de premiers investisseurs.

Si la lecture de ces quelques conseils peut certes avoir un intérêt, rien ne peut venir remplacer un échange avec quelqu’un qui est déjà passé par là et qui pourra vous donner des conseils adaptés à votre situation.

La solitude est l’ennemi de l’entrepreneur, car confronter ses idées en permanence est une nécessité. C’est bien pour cela qu’il est fortement recommandé de s’associer avec une ou plusieurs personnes dans le développement d’un projet entrepreneurial.

Cultivez votre inconscience

Il est impossible d’obtenir une réponse à toutes vos questions. Vous allez devoir vous lancer avec un plan approximatif, en espérant que ça passe, et en faisant au mieux si ça casse.

Vous devez à un moment arrêter de trop réfléchir ou intellectualiser les choses. De toute façon, rien ne se passera comme prévu, alors à quoi bon écrire un plan d'action détaillé de 50 pages ?

Si vous savez où vous voulez aller, que vous avez déjà confronté et discuté vos idées avec d’autres personnes et que vous avez fait évoluer votre concept pour arriver à quelque chose de clair et pragmatique, alors foncez !

En exécutant votre idée et en mettant en forme concrètement votre projet, vous obtiendrez au fur et à mesure des réponses concrètes à vos questions et vous pourrez intégrer des correctifs ou changements à votre feuille de route.

Le « on verra bien » doit devenir votre mantra, votre bouclier d’invincibilité.

Vous devez accepter de ne pas savoir ce qui va se passer, de naviguer à la boussole et de vous adapter à la réalité du terrain au fur et à mesure que vous le traverserez.

D’une certaine manière, la meilleure façon d’avancer sereinement est de cultiver et chérir votre inconscience.